La peinture à l'eau

par Megaman61
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Allant toujours à l’encontre des idées reçues, forte et immuable tant dans l’exercice scolaire que dans l’application artistique de haut vol, la classique peinture à l’eau est, je le sais, notre préférée de tous, et je l’affirme haut et fort sans la moindre ironie. Adulée des foules, elle est cependant trop souvent comparée à ses dérivées, à savoir majoritairement la peinture à l’huile, grasse et nocive, se vantant d’avoir pour principal exemple de progéniture la fameuse Joconde, dont la qualité est largement exagérée si vous voulez mon avis, et même si vous n’en voulez pas. Elle est cependant au-dessus du reste pour cette simple présomption pseudo-artistique qu’elle nous adresse un regard pervers et perturbant. En vérité, cette pauvre femme avait la jaunisse et ça crève les yeux, il suffit de voir son teint livide, elle demande qu’on l’abatte.

La Joconde
La Joconde dans son plus bel état

La peinture à l’huile se vantant de ses capacités hydrophobes, a souvent exprimé sa xénophobie avec hargne à l’égard de notre bien aimée peinture à l’eau. Mais cette haine cache une faiblesse, car elle sait pertinemment que de toute son existence elle ne pourra jamais fusionner, se mélanger avec une molécule d’eau, à l’inverse de notre favorite. Elle est fixée à son support, statique, livrée à son sort inévitable, à une éternité de solitude anhydre et déplorable.

Mais songez à ce que ses propriétés adipeuses incluent. Vous peignez depuis une dizaine de minutes et déjà vous sentez le pinceau rouler sous vos doigts, que vous avez envie irrépressiblement de les laver. Ils sont luisants, comme après vous être gavé de frites non égouttées à mains nues. Oui, la peinture à l’huile vous fait vous sentir sale, écœurant.
Je me suis moi-même risqué à une telle pratique, dans un élan de débauche et dévergondage. Je pense qu’une partie de moi est morte à l’instant où je posais le pinceau sur la toile. Aussi, je vous déconseille vivement d’essayer, mais comme je sens que la plupart d’entre vous sont déjà dans leur voiture en direction du Bricomarché le plus proche, juste par esprit de contradiction, autant vous en empêcher par un exemple marquant.

Vous êtes chez vous, tout frisé que vous êtes (ou pas d’ailleurs, mais ça renforce le côté innocent), avec votre bonne bouille d’étudiant aux yeux émerveillés par tant de stimulation intellectuelle. Vous avez reçu un kit de peinture à votre dernier anniversaire, par un diabolique cousin éloigné, vous en sortez donc la damnée peinture à l’huile et son pinceau, tout content. Et vous peignez. D’abord tranquillement, puis avec une frénésie folle, manquant de peu de perforer le papier. Votre père entre soudain dans la pièce, et son sourire disparaît rapidement lorsqu’il constate ce à quoi vous œuvrez. Vous lui lancez un regard plein de remords, les yeux embués, les siens sont vides, pensif il regrette pendant une seconde la rupture de ce fameux capuchon en plastique, cette nuit funeste ayant engendré votre conception, avant de reprendre ses esprits et de relativiser quant à l’intérêt de votre existence, à savoir principalement le placement financier que vous constituez pour l’avenir. Vous cachez mécaniquement les preuves, malheureusement conscient que dorénavant plus rien ne serait pareil. Voilà, c’est ça l’effet peinture à l’huile.

Mais trêve de belles paroles galvanisantes et humanistes, reprenons sur notre fameux sujet : la peinture à l’eau. Évidemment, vous me direz, on parle ici surtout de peinture à l’huile, alors que le sujet est tout autre. Déjà, je n’ai rien à dire sur la peinture à l’eau, le sujet est complètement creux et sans intérêt. Autant parler de la peinture à l’œuf dont on s’épargnera le sarcasme sur sa sublime odeur, ou de la peinture au foie de veau, que j’essaye personnellement de développer. Et puis tout ceci est évidemment une parade pour cibler notre véritable ennemi, la peinture à l’huile. Et ceci vous l’aurez compris, chers lecteurs avertis, ainsi vous êtes maintenant en bonne voie pour l’épiphanie transcendantale de votre formation.

Si vous n’avez strictement rien compris à cet article, c’est compréhensible. La prochaine fois, sachez qu’il ne faut pas mettre la peau de l’ours avant Stéphane Rotenberg.