La fabuleuse histoire de Noël

par Poulos

Noël, à prononcer « nouwèle » comme son prénom l’indique intrinsèquement, est un jeune homme d’une vingtaine d’années. De taille moyenne, blondinet, il possède 6 doigts à la main droite, tandis que son majeur gauche est absent depuis une altercation déplorable avec un jeune daim, mais nous reviendrons sur ce détail. Vivant dans une famille paisible, composée essentiellement de chats et de mégots de cigarette, il est actuellement en recherche semi-active d’un emploi, aspirant à une vie calme et paisible dans une débauche quotidienne presque décente. Noël attaque en somme son périple vers la trentaine sereinement.

Notre histoire débute le 20 décembre au matin, lorsque Noël se rend chez son fournisseur préféré dans le but de se procurer sa dose de thé mensuelle. Il a pour habitude de goûter la marchandise avant de l’acheter, même si son vendeur de confiance est un de ses anciens camarades de catéchisme. On n’est jamais trop prudent. Cette fois-ci, Kevin a quelque chose de nouveau à proposer. Un thé d’un genre inédit pour Noël, qui, poussé par son incroyable esprit aventureux s’ose à s’y essayer. Une première gorgée emplit ses poumons, et déjà il a la tête sur orbite, tel un Neil Armstrong sous THC flottant dans le vide, la musique de Funkytown dans les oreilles. C’est dans un moonwalk frénétique que Noël sort de la demeure après avoir réglé sa consommation, le petit sachet à la main. La transition est violente, et la température extérieure change son état d’esprit. Les doigts endoloris par la morsure du froid, il aimerait rapidement retrouver le confort douillet de son lit encore tiède, un bon chocolat chaud au creux de la main, un thé dans l’autre. Malheureusement une course l’en empêche, il doit se rendre chez Mondial Moquette, acheter 6 m² de rouleau turquoise pour la modique somme d’un rein et demi, avant de rentrer. Sauf qu’il n’a plus aucune idée de la raison de cet achat, cette pensée le tracasse. Noël s’aventure donc dans une petite ruelle pavée, l’air sinistre, lorsqu’il croit apercevoir une forme étrange passer entre les deux balcons le surplombant. Très étonné, il s’imagine alors guerrier légendaire de l’antiquité, paradant dans les rues de sa cité, des enfants sautant de toit en toit pour admirer le défilé. Ses délires s’arrêtent net lorsque, comme un électrochoc, il sent quelque chose lui tapoter avec insistance le bas du dos. Il se retourne pour découvrir un gros mouton blanc très touffu, une cigarette au bec. D’une voix rauque de crooner, il lui demande froidement s’il n’aurait pas du feu, ce à quoi Noël ne sait quoi répondre. Après une seconde et demi d’errance intellectuelle, il fouille alors ses poches vainement, n’y trouvant que son sachet de thé et du sable fin humide. Mécaniquement, il le porte à sa bouche et en apprécie le côté granuleux et salé. Le mouton, assistant à la scène totalement médusé, le prend alors pour un fou. Il s’en va en trottinant d’un air nonchalant, dédaignant accorder plus de temps à la folie d’un homme de toute évidence perturbé.

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La jaquette du jeu Goat Simulator

Noël, contre toute attente, a l’intuition stupide de le suivre, ce qui est vraiment une coïncidence incroyable pour la suite de l’histoire, car on pourrait très bien s’arrêter là et le faire rentrer chez lui directement. C’est ce que vous voulez ? Non ? Bon on continue. Il suit donc le fringuant ovidé jusqu’au bout de la rue. Ce type de filature, il les connaît, en tant que joueur chevronné de Goat Simulator, sa proie n’a aucun secret pour lui. Il sait comment anticiper ses gestes, ses moindres mouvements, sans attirer l’attention. Il est comme le lion traquant sa gazelle, le pakistanais suivant un couple la rose à la main, l’électron cherchant son noyau...

La rue que le mouton emprunte ensuite est emplie de couleurs, le sol pailleté lui évoque un ciel dégagé d’une chaude nuit d’été, tandis que les façades ont des tons très colorés, tel une gelée arc-en-ciel qui aurait fait un voyage aller-retour vers un estomac. Le mouton suit son chemin pendant quelques minutes, avant de sauter à pieds-joints dans une flaque au sol. Noël, sans hésitation, le rejoint dans un plongeon majestueux, la tête la première, un « High dive » pour les spécialistes. Il atterrit alors dans un monde fantastique, dont le sol est tapissé d’une forme de coton turquoise très agréable au toucher. Il n’y voit aucun arbre, seulement des troupeaux et une forêt de poireaux multicolores géants. Le mouton l’ayant mené jusqu’à ce lieu tel un lapin blanc guidant Alice dans son terrier est quant à lui introuvable. Après quelques minutes d’observation, un poney délicat passant au trot devant Noël attire son attention, et une petite perle de salive apparaît au coin de sa bouche. Il est vrai qu’en y réfléchissant, il n’a pas mangé depuis un certain temps, et puis le thé ça ouvre l’appétit. C’est donc dans aucune forme de pitié que Noël se jette à la jugulaire de l’équidé et entame son repas. Repus à un peu moins d’un quart de l’animal, il remercie alors gracieusement le dieu Pan, Bouddha, Aslan et compagnie pour ce repas frugal, et reprend son chemin hasardeux dans cet environnement inconnu.

Un bon gros rocher

Un bon gros rocher

Noël, le sourire aux lèvres, entreprend alors la descente d’une montagne semblant être recouverte de cacao. Après un dérapage amorti par un Ferrero Rocher massif, il s’étale lourdement au sol dans la poudre. C’est à cet instant qu’un bras solide s’abat sur son épaule droite. L’air ahuri et la tête chocolatée, Noël se retrouve menotté par un kangourou en tenue de CRS. Son coéquipier abat sa lourde matraque jaune sur sa tête, et notre héros se retrouve immédiatement assommé.

Il reprend alors conscience en pleine rue, le visage plaqué contre le caniveau. Il s’avère que son saut acrobatique était en réalité un échec inévitable, considérant le niveau de l’eau d’environ 2 centimètres, ce qui est naturellement trop peu pour tenter un plongeon olympique. Autour de lui, une bonne dizaine de passants le regardent avec incompréhension. Un homme ose même lui rire au nez, ce à quoi répond Noël par un doigt d’honneur vigoureux et plein de grâce. L’homme s’avance soudainement vers lui, d’un pas soutenu, provoquant chez Noël une sueur froide. Il s’apprête à se mettre en position du fœtus, attendant les coups, lorsque l’homme le relève tendrement et l’enlace avec une passion redonnant du baume au cœur de Noël, malgré son incompréhension totale. Il s’avère en réalité que dans la frénésie du geste, il a utilisé sa main gauche. Or celle-ci étant privée de majeur, son doigt d’honneur a eu une allure de poing levé, rappelant à l’homme celui initié par Nelson Mandela. L’homme massif à la coupe afro, une fois l’étreinte terminée, offre à Noël un bon chocolat liégeois dans le café d’à côté, scellant ainsi une amitié naissante. Il est cependant difficile d’apprécier la boisson, Noël ayant le visage tuméfié par sa chute récente, il en perdra d’ailleurs probablement l’œil droit par la suite. Il s’avère en somme que le premier acte de bravoure de Noël fut une réussite hasardeuse. Notre héros finit son aventure paisiblement, s’apprêtant à passer un réveillon plein de promesses en compagnie de son nouvel ami, malheureusement actuellement sans domicile fixe. Ceci conclut ainsi notre épopée fantastique qui marquera la vie de Noël pour toujours ainsi que la vôtre, une leçon de vie incroyable emplie de suspens et de révélations palpitantes, dont la morale est si profonde que moi-même je continue de creuser. *Merci à Megaman61, l'auteur de cet article original publié il y a un certain temps.*